A PROPOS

Des débuts dans le milieu sportif

Le psychologue du sport : comprendre pour agir

Diplômée en Master de Psychologie et Sport en 2003, j’ai découvert ce qu’était un « psychologue de terrain ». Pratique assez inhabituelle, il s’agissait de « trouver-créer » des espaces de consultations à la fois neutres et confidentiels dédiés aux sportifs et aux entraineurs. Les commandes dans le milieu sportif étant pratiquement toujours des demandes de performances, il fallait d’abord expliquer la différence fondamentale entre psychologue du sport et préparateur mental.

Pour faire simple : le préparateur mental transmet des outils et des techniques standardisées de préparation mentale (techniques cognitives, techniques de concentration, techniques de relaxation). La préparation mentale est donc indispensable en matière de compétition mais parfois insuffisante.

Le psychologue (du sport), peut aussi faire de la préparation mentale mais, il va surtout avoir une vision globale de la personne sur son terrain et en dehors. Son travail est de comprendre, d’accompagner et de créer une alliance thérapeutique avec son consultant, pour qu’il trouve lui-même sa solution : comprendre ce qui fait « symptôme » disent les psychanalystes. C’est observer, analyser, tester des hypothèses et co-construire un canevas thérapeutique. Ce symptôme peut se traduire de manière suivante : contre-performance, blessures à répétition, éternel place de 3ème sur le podium, somatisation, insomnie, anxiété, pratiques dopantes …Le sportif peut aussi être à un tournant de sa carrière et se poser beaucoup de questions. Comme dans tous domaines, le psychologue fait du «sur mesure », il se méfie des certitudes et il révèle à son patient ce qu’il sait déjà sans pouvoir, sans savoir se l’avouer à lui-même : il l’aide à sortir du déni à son rythme. Le thérapeute accompagne la personne dans ses choix afin qu’ils soient « justes », c’est-à-dire en accord avec son Désir, ses valeurs de vie, ses aspirations. La finalité est donc toujours d’entrer dans un cercle vertueux : meilleure confiance en soi, meilleure estime de soi et gain de connaissance de soi. La modestie sera de ne pas suggérer de solutions miracles et de laisser tout pouvoir ou libre arbitre à la personne qui consulte. Ce travail en profondeur, tout comme l’implication dans la compétition, demande un engagement dont le sportif est au centre. Un sportif parfois «amputé » de son corps : corps-objet d’enjeux financiers et corps- machine qui peut l’éloigner d’un « état de performance », sans cesse recherché et à recréer de manière inédite à chaque compétition. Ce travail en profondeur est un engagement réciproque, une alliance thérapeutique « psychologue-consultant ».

Un parcours essentiellement addictologique

Les prémices de « consultations en marchant »

Les liens entre la pratique sportive, les conduites dopantes et les addictions m’ont toujours questionnée. Liens prouvés ou raccourcis rapides, je suis de nouveau devenue psychologue de terrain et parfois tout terrain ! Durant l’année 2004, je suis en stage au Chalet du Thianty vers Alex (en Haute-Savoie) , un Centre de post-cure pour toxicomanes qui reçoit environ 20 % d’ex-sportifs de haut niveau. Dans le même temps, en région parisienne, Le Docteur William Lowenstein à l’époque Directeur du Centre Monte-Cristo et actuel Président de S.O.S. Addictions (dont je suis membre expert) retrouvait dans l’anamnèse de nombreux de ses patients, un passé de sportifs compétiteurs.

Pour voir les patients du Thianty en consultation, il me fallait les suivre ! Comme sur le terrain sportif, je n’avais pas de bureau ou de lieu dédié, il me fallait trouver-créer un espace de consultation : les accompagner, au sens propre comme au figuré, en marchant ! En effet, ce centre avait pour principal outil thérapeutique, la pratique sportive essentiellement basée sur des randonnées en montagne. Nous découvrions ensemble la marche thérapeutique…

Puis, j’exerce pendant sept ans dans un CHU de banlieue parisienne au sein d’une équipe ELSA (Equipe de Liaison et de Soin dans les Addictions) et je continue à arpenter de longs couloirs à la recherche de mes patients : que je retrouve souvent à l’extérieur du Service pour une « consultation en marchant ». Une rencontre finalement bien plus propice aux échanges confidentiels que ceux effectués sur le bord d’une chaise, dans une chambre à deux lits, où se croisent médecins, infirmiers, kinés, diététiciens… J’avais bien un bureau mais la consultation incluait le parcours aller-retour du patient depuis la porte de sa chambre, passage privilégié par l’extérieur pour une petite balade en commun que personne n’avait jamais le temps de faire.